Les outils acheuléens du Pléistocène moyen de Lesvos se distinguent des séries du Levant

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À Rodafnidia (Lesvos), les grands outils acheuléens ont été comparés en 3D aux séries du Sud Levant. Ils révèlent une tradition technique homogène mais distincte.

Les outils acheuléens du Pléistocène moyen de Lesvos se distinguent des séries du Levant
Crédit image: Journal of Archaeological Method and Theory

Analyse archéologique approfondie

Selon les informations rapportées, l'équipe de recherche a étudié en détail l'ensemble des grands outils lithiques acheuléens provenant du site de Rodafnidia, sur l'île de Lesvos (Nord-Égée, Grèce), daté du Pléistocène moyen. Les bifaces et pics de ce corpus ont été analysés par des méthodes morpho-technologiques, à la fois sur des pièces issues de niveaux stratifiés à contexte connu et sur des ramassages de surface. L'étude se concentre sur la relation entre les choix technologiques au sein d'un même assemblage et les caractéristiques formelles qui en résultent. [1] Les données de Rodafnidia sont présentées comme un point de comparaison majeur pour discuter des déplacements des premiers humains et des connexions culturelles entre l'Égée et le Sud Levant, dans un contexte où les assemblages acheuléens sont encore peu documentés dans la péninsule balkanique et l'ouest de l'Anatolie. Dans ce cadre, les bifaces de Lesvos ont été comparés aux ensembles de bifaces acheuléens connus sur les sites de ‘Ubeidiya, Gesher Benot Ya’aqov (GBY), Ma’ayan Barukh, Holon et Nahal Hesi, tandis que les pics de Rodafnidia ont été confrontés aux neuf groupes de pics définis à GBY. Ces séries levantines ont été utilisées comme séquence de référence représentant différentes phases chrono-culturelles de la tradition acheuléenne régionale. [2][3] L'analyse comparative montre une homogénéité marquée, en termes de formes et de techniques de fabrication, au sein de l'assemblage de Rodafnidia, indiquant que les outils ont été produits de manière répétée selon des choix technologiques similaires. Toutefois, d'après l'interprétation des chercheurs, cette organisation morpho-technologique à Lesvos ne recoupe pas exactement les schémas décrits dans les assemblages levantins étudiés. Cette situation suggère que la tradition acheuléenne de l'Égée, même si elle est reliée au Sud Levant, pourrait avoir développé une trajectoire technique propre. [1] L'étude souligne également l'importance de protocoles d'analyse standardisés et de travaux comparatifs fondés sur les principes de la science ouverte. En raison de contextes de fouille variés, de méthodes de collecte différentes et de traditions de publication hétérogènes, les assemblages acheuléens sont souvent difficiles à comparer. Des approches morpho-technologiques intégrées de ce type permettent de les mettre en regard de manière plus cohérente. D'après ce qui est rapporté, l'équipe estime que le protocole de recherche proposé offre un cadre évolutif non seulement pour l'Égée et le Sud Levant, mais aussi pour d'autres régions du monde acheuléen. [1][4]

Résultats clés

  • L'assemblage de grands outils acheuléens de Rodafnidia se compose de bifaces et de pics, étudiés par des méthodes morpho-technologiques sur des pièces stratifiées et des trouvailles de surface.
  • La série de Rodafnidia à Lesvos présente un haut degré d'homogénéité formelle et technologique, ce qui renvoie à des choix de production cohérents.
  • L'organisation morpho-technologique de Rodafnidia ne correspond pas parfaitement aux schémas définis pour les assemblages de bifaces acheuléens de ‘Ubeidiya, Gesher Benot Ya’aqov, Ma’ayan Barukh, Holon et Nahal Hesi, ni aux groupes de pics identifiés à Gesher Benot Ya’aqov.
  • Le protocole comparatif standardisé, fondé sur les principes de la science ouverte, est présenté comme transposable à d'autres sites pour tester à l'échelle régionale les scénarios d'évolution culturelle et de diffusion au sein du monde acheuléen.

Contexte historique et liens avec le passé

L'Acheuléen est défini comme un complexe technologique caractérisé notamment par des bifaces bifaciaux et de grands outils taillés, considéré comme l'une des traditions lithiques les plus durables du Paléolithique inférieur. D'après les sources, cette tradition, apparue en Afrique, s'est diffusée en Europe et en Asie occidentale, développant à la fois des traits communs et des variantes locales sur une vaste aire géographique. Les chercheurs débattent ainsi de la mesure dans laquelle l'Acheuléen constitue une seule et même tradition ou un ensemble de réseaux régionaux formant une mosaïque. [1] Dans ce débat, Rodafnidia se distingue comme un site de référence pour l'Acheuléen de l'Égée, souvent évoqué aux côtés d'autres sites du Pléistocène moyen en Afrique et en Eurasie. L'île de Lesvos est décrite comme une zone qui, en fonction des variations du niveau marin, a parfois été reliée par voie terrestre à l'Asie occidentale via le plateau continental égéen. Cette position géographique incite à considérer les assemblages acheuléens de l'île à la fois dans la perspective des axes de circulation européens et levantins, et à réévaluer la place de l'Égée sur la carte du Paléolithique inférieur. [5][6]

Note d'archéologue

D'un point de vue éditorial, l'intérêt majeur de l'étude de Rodafnidia réside dans la mise en regard directe de l'assemblage acheuléen de Lesvos avec des sites levantins bien documentés, ce qui permet de discuter plus clairement de la place de l'Égée dans la recherche sur le Paléolithique inférieur. L'homogénéité interne des bifaces et des pics suggère que ce site représente moins un simple lieu de passage fortuit qu'un témoignage d'une tradition technique bien établie. Dans le même temps, les caractéristiques morpho-technologiques qui ne recoupent pas les séries levantines fournissent un exemple montrant que des « signatures » techniques régionales restent discernables, même dans le cadre du Pléistocène moyen. Un autre atout de ce travail est de tester un protocole comparatif standardisé fondé sur les principes de la science ouverte. Si des approches similaires sont appliquées à d'autres sites acheuléens, la question, débattue de longue date, d'une tradition unique ou de traditions multiples pourrait être revisitée non plus à partir de listes typologiques régionales, mais à partir de variables formelles et technologiques quantifiables. Toutefois, en l'absence d'un plus grand nombre d'assemblages acheuléens bien datés provenant du Moyen-Orient hors Levant, de l'intérieur de l'Anatolie et des Balkans, il reste prudent de ne pas surinterpréter les différences entre Rodafnidia et le Levant en termes de mouvements de populations, d'adaptations environnementales ou de développements techniques indépendants.

Sources et pistes pour aller plus loin