Analyse archéologique approfondie
La cité antique de Tralles, située actuellement dans la province d’Aydın, en Turquie, est l’un des principaux centres de la région de Carie. Une étude publiée dans la revue Olba examine le groupe de statues en marbre découvert dans le complexe thermes-gymnase de cette cité sous les angles typologique, iconographique et stylistique. Selon les informations rapportées par Strabon, le gymnase de Tralles, construit à l’époque hellénistique, a subi des dommages lors du tremblement de terre de 26 av. J.-C. et a été restauré grâce au soutien d’Auguste. La réattribution du nom de la ville en Caesarea à l’époque impériale précoce indique que ce complexe architectural s’est inscrit dans un nouveau cadre lié aux réformes impériales.
L’étude se concentre sur le complexe thermes ajouté au cœur hellénistique au IIe siècle. Ce complexe, composé de zones telles que le frigidarium (espace froid), le tepidarium (espace tiède) et le caldarium (espace chaud), suit le modèle typique des thermes romains [1]. Les statues en marbre découvertes à Tralles sont d’une importance capitale pour comprendre la manière dont la sculpture était intégrée à la décoration architecturale. Bien que les bas-reliefs connus précédemment soient principalement concentrés dans le caldarium, le nouveau groupe de statues examiné dans cet article aurait été placé dans différentes zones du complexe lors d’une rénovation réalisée sous Hadrien et après sa période.
L’un des points soulignés dans l’article concerne la datation chronologique du groupe sculptural. La majorité des bas-reliefs sont datés de l’époque de Nerva et après, tandis que les fragments de statues en marbre analysés sont associés à la période post-Nerva, en particulier aux réformes menées sous Hadrien. Cette datation permet ainsi de proposer une continuité chronologique pour le complexe architectural, les statues servant de repères pour suivre les phases de construction et de réparation. Les fragments de figures féminines drapées, conservés en petits morceaux, suggèrent probablement des représentations divines féminines. Même si les parties comme la tête ou les bras sont absents, les plis du vêtement (draperie) et les caractéristiques de l’exécution permettent une datation et une classification typologique.
Principaux résultats
- Les statues en marbre découvertes dans le complexe thermes-gymnase de Tralles pourraient avoir été intégrées à un programme sculptural organisé en fonction de l’architecture, chacune placée dans des espaces spécifiques (frigidarium, tepidarium, caldarium, etc.).
- La datation des groupes sculpturaux et des bas-reliefs à l’époque post-Nerva, notamment sous Hadrien, permet de construire une chronologie cohérente pour les phases de construction et de réparation du complexe.
- Les figures d’Hygieia, de Satyre et de Pan suggèrent des liens iconographiques entre les thèmes de la santé, de la propreté et du divertissement au sein des thermes.
Contexte historique et liens avec le passé
Tralles est connue comme un centre renommé pour ses ateliers de sculpture durant les périodes hellénistique et romaine. Selon les témoignages de Strabon, la ville se distinguait non seulement par ses caractéristiques politiques et économiques, mais aussi par sa production artistique. Le tremblement de terre de 26 av. J.-C. et le processus de restauration soutenu par Auguste constituent un exemple significatif de la manière dont l’autorité impériale réorganisait les grandes constructions publiques dans les villes d’Asie Mineure. La restauration puis l’extension du gymnase au cours de cette période permettent de suivre les évolutions dans l’usage et l’aménagement du complexe architectural.
Le complexe thermes ajouté au gymnase de Tralles au IIe siècle représente l’un des rares témoins de l’organisation typique des thermes romains – frigidarium, tepidarium, caldarium – en Asie Mineure [1]. Des structures similaires, comme celles de Sardes en Lydie, font partie d’une tendance bien établie [2]. Dans ces édifices, les sculptures et bas-reliefs étaient soigneusement sélectionnés pour traiter des thèmes tels que le culte de l’empereur, les divinités locales, la santé et le culte du corps [2]. Selon les données présentées dans l’article, les figures d’Hygieia, de Satyre et de Pan à Tralles s’inscrivent dans un contexte plus vaste de la Méditerranée, rappelant que les thermes n’étaient pas seulement des lieux de propreté quotidienne, mais aussi des espaces de représentation publique et de construction de l’identité collective.
Avis d’expert
Le groupe de statues en marbre provenant du complexe thermes-gymnase de Tralles constitue un ensemble de données essentiel pour comprendre la manière dont la sculpture et l’architecture étaient intégrées en Asie Mineure romaine. Le cadre chronologique proposé dans l’article permet de suivre, à travers le répertoire sculptural, les réformes menées sous Nerva et surtout sous Hadrien. Cette approche montre que, dans les études d’histoire architecturale, les œuvres plastiques doivent être considérées non seulement comme des éléments décoratifs, mais aussi comme des témoins historiques à part entière.
Pour les recherches futures, une analyse stylistique détaillée des fragments, combinée à des études sur la provenance des matériaux (pétrographie, analyse isotopique, etc.), pourrait aider à identifier les réseaux de production des ateliers de Tralles et à distinguer les œuvres locales des importations. En outre, une comparaison systématique du répertoire sculptural de Tralles avec celui de Sardes et d’autres complexes thermes-gymnase d’Asie Mineure permettrait de mieux comprendre la circulation des styles et des iconographies entre les régions sous l’Empire romain.
Références et lecture complémentaire
- [1] Roman baths. penelope.uchicago.edu. Accéder à la source originale
- [2] "The Bath-Gymnasium Complex at Sardis" by Fikret K. Yegül. commons.library.stonybrook.edu. Accéder à la source originale
📚 Référence principale :
A GROUP OF SCULPTURES FROM THE BATH-GYMNASIUM COMPLEX IN TRALLEIS
Auteurs : Kapuci, Umut
Revue : Olba